Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

A tout seigneur, tout honneur, Victor Hugo, qui mérite une place à part, car le couvent des Bénédictines du Saint Sacrement du 33 rue Lhomond, apparaît dans les travaux préparatoires des Misérables, les explications sont ICI.

"On est là dans un des coins les plus pittoresque du vieux Paris, pieux et studieux... Le soir, quand la dernière cloche a tinté, un silence de cloître, de tombeau s’épand sur la rue ; nul n’y passe ; rien ne bouge. A trois pas du bruit du boulevard Saint-Michel, des gaietés tumultueuses du quartier, le contraste est saisissant, presque solennel”.


in “Paris-Atlas” - Fernand Bournond - Librairie Larousse - 1900

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"J'ai rejoint la rue d'Ulm. Elle était déserte. J'avais beau me dire que cela n'avait rien d'insolite un dimanche soir, dans ce quartier studieux et provincial, je me demandais si j'étais encore à Paris. Devant moi, le dôme du Panthéon. J'ai eu peur de me retrouver tout seul, au pied de ce monument funèbre, sous la lune, et je me suis engagé dans la rue Lhomond. Je me suis arrêté devant le collège des Irlandais. Une cloche a sonné huit coups, peut-être celle de la congrégation du Saint-Esprit dont la façade massive s'élevait à ma droite".


in "Fleurs de ruines" - Patrick Modiano - Editions du Seuil - 1991

"La rue, déserte à cette heure, avait son aspect le plus provincial, avec ses maisons à un ou deux étages coincées entre des immeubles de rapport... Aucun mouvement, aucun bruit ne trouble la paix de la rue Lhomond qui descend en pente imperceptible vers les lumières de la rue Mouffetard".


in "Maigret en meublé" - Georges Simenon - Presses de la Cité - 1951

Robert Brasillach réussit de justesse (26e à l'écrit, 27e à l'oral sur 29) le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure en juillet 1928, il y restera jusqu'à juin 1932 tout en écrivant déjà de nombreux articles et en publiant dès 1929 son premier livre ("Présence de Virgile") et encore deux autres en 1932 ("Le voleur d'étincelles" et "Le procès de Jeanne d'Arc") avant de partir au service militaire en octobre. C'est après son retour de captivité, en 1941, qu'il publie chez Plon ce livre où, au chapitre II "La douceur de vivre", il relate sa vie à l'Ecole et dans le quartier des rue d'Ulm, Lhomond, Rataud et Mouffetard.


"L'Ecole (Normale Supérieure) se trouve en bordure d'un des plus beaux "villages" parisiens, celui de la Montagne Sainte-Geneviève. Il nous arrivait d'aller acheter pour vingt sous un paquet de frites chez le marchand de la rue Mouffetard, de suivre ce fleuve de victuailles et de légumes, plein de querelles et de couleurs, et puis de roder par les rues désertes entre les hauts murs de couvents, les entrées à escaliers de la rue Lhomond."


in "Notre avant-guerre" - Robert Brasillach - Plon - 1941

Dans son roman "La conspiration" paru chez Gallimard en 1938, qui a obtenu le prix Interallié la même année, l'écrivain "communisse" (comme écrivait L-F Céline, inter alia in "D'un château l'autre") Paul Nizan situe en partie rue Lhomond quelques péripéties de l'histoire d'une jeunesse bourgeoise de l'entre-deux-guerres en quête de sens pour laquelle le choix réside entre le suicide ou le communisme.


"C'était un quartier qui suffisait à ses habitants, dont les plus grandes exigences étaient comblées par les souvenirs ruraux qui traînaient encore du côté de la rue Lhomond, de la rue Rataud et de la rue du Pot de fer, au fond des chantiers feuillus et des pavillons ombragés d'acacias, vers le manège du Panthéon et ses têtes dorées de chevaux".


in "La conspiration" - Paul Nizan - Gallimard - 1938

Un personnage célèbre s'est installé temporairement rue Lhomond (le numéro dans la rue n'est pas précisé dans le livre), il s'agit du commissaire Maigret. Sorti en 1951 aux Presses de la Cité, le roman policier de Georges Simenon "Maigret en meublé" voit le commissaire s'installer dans un hôtel meublé où l'auteur d'un vol commis dans un night-club de Montparnasse est soupçonné d'être caché par la propriétaire, Madame Clément, et après que l'adjoint de Maigret, Janvier, fut victime d'un coup de feu alors qu'il planquait devant l'hôtel meublé. Maigret s'incruste, enquête rue Lhomond et, évidemment, au bout du compte résout l'énigme.

La rue Lhomond a été abordée dans la littérature et autres textes, voici quelques exemples.

De 1903 à 1970, le livre raconte la saga de l'Entreprise Charles Beaudoin, un des artisans majeurs de l'histoire de l'instrumentation scientifique française qui fut installée, après ses débuts rue Blainville, au 31 rue Lhomond en location des Bénédictines du Saint-Sacrement, et aussi, à partir de 1932 presque en face dans la rue, au 34.


"Charles Beaudoin, une histoire d'instruments scientifiques"

Denis Beaudoin - EDP Sciences - 2005

En 1933, Mademoiselle Simone Mitraud, publia à compte d'auteur un petit ouvrage, agrémenté d'aquarelles, consacré à la rue Lhomond, au sujet duquel le préfacier, le peintre Georges Desvallières, de l'Institut, écrira que c'est "votre fantaisie d'artiste qui vous a menée dans ces vieilles rues".

En 1946, pour les 150 ans de l'Ecole Normale Supérieure, l'Immortel Normalien et ministre Alain Peyreffite a coordonné l'édition chez Flammarion d'un ouvrage à la gloire de l'institution formé de textes et contributions de Normaliens connus ou inconnus.  Quelques  contributions font référence à la rue Lhomond, celles de Normaliens scientifiques du fait de la présence des laboratoires de physique-chimie dans la rue : André-Blanc Lapierre (Président de l'Académie des Sciences), Pierre Lelong (Professeur d'Université et Conseiller technique auprès du Général de Gaulle) ou Raimond Castaing (Directeur Général de l'ONERA) entre autres. Cet ouvrage a été de nombreuses fois repris et augmenté, il est désormais publié chez Fayard, la dernière parution, pour les 200 ans de l'Ecole Normale Supérieure, date de janvier 1994.

Toujours dans les personnages célèbres de la littérature, il convient de signaler la pension de Madame Vauquer - même si celle-ci  ce n'est pas strictement rue Lhomond, mais rue Tournefort, près de la place Lucien Herr - dont Honoré de Balzac affirme dans "Le père Goriot" que la "Maison Vauquer" est une pension bourgeoise. C'est là que Rastignac, le père Goriot et Vautrin font connaissance. Mademoiselle Michonneau, une ancienne pensionnaire de la "Maison Vauquer" qui a contribué à l'arrestation de Vautrin s'est établie également dans le quartier comme "logeuse en garni", au coin de la rue des Poules (Laromiguière) et de la rue du Puits-qui-parle (Amyot).

Paul Léautaud fut lié à l’écrivain André Billy de 1911 à sa mort en 1956, ils entretinrent une correspondance régulière publiée en 1968. Aux dates des 8 et 10 avril 1944, la rue Lhomond et le passage des Postes sont mentionnés.


"J’ai habité tout jeune homme, rue Amyot, un petit hôtel d’un seul étage, au coin de la rue Lhomond. La rue Amyot et cette petite maison d’un seul étage (ma chambre avait deux fenêtres sur la rue) étaient charmantes."

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"Le grand jardin pittoresque, presque terrain vague, rue Lhomond, dans lequel habitait (Au 34) autrefois le dessinateur anarchiste Grandjouan, que j’y ai visité remplacé par une hideuse école communale de garçons."

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"La rue Lhomond est bien gâtée aussi par un affreux hôpital Curie, et je ne sais quel agrandissement de l’École Normale mais le vieux collège des Postes est toujours à sa place."

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"Au bas de la rue Lhomond, un passage sordide (passage des Postes), mais le sordide a quelquefois son attrait, qui conduit à la rue Mouffetard."


in "Correspondance 1912-1955" - Paul Léautaud & André Billy - Le Bélier - 1968

"Aujourd’hui ma rue n’a plus ni pots ni poteries ; elle n’a plus que des couvents, des pensions, des séminaires, et des collèges. Elle s’est fait savante, elle s’est fait pieuse ; elle est devenue la rue des moines et des nonnes, des dévotes et des prêtres".

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"C’est comme un entrepôt de sacristies et de chapelles, il y en a pour tout le quartier, il y en aurait pour tout un monde".

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"Dans cette rue se trouve aussi le fameux Collège des Irlandais... Enfin, dans la rue des Postes était jadis l’École Normale, fondée par la Convention, et destinée à devenir le berceau des arts et de la science".


"La rue des Postes" in "Paris ou le livre des Cent-et-Un" - Tome VII -  Ladvocat - 1832

Il s’agit d’un livre collectif, une sorte de liber amicorum, un recueil d’articles offerts par de nombreux auteurs à Pierre-François Ladvocat, célèbre éditeur parisien de l’époque romantique.

L'article de Frédéric Gaillardet peut-être consulté en ligne ici

Il s'agit d'une vision très critique de la rue et de ses habitants par un personnage impertinent, par ailleurs  spécialiste du Chevalier d’Eon (Charles d’Eon de Beaumont).

A compter de la page 312, l’auteur raconte plusieurs visites au couvent des Dames de Sainte Aure chez les Bénédictines du Saint Sacrement et, pages 314-315, on notera un portrait acide de « madame de B… », sans aucun doute Madame de Bèze.