Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

Couvent de la rue Tournefort des Bénédictines du Saint-Sacrement

Quelques moments de l'histoire de ce monastère

 Les débuts de la "Communauté de Sainte-Aure" remontent à 1637 lorsque l'Abbé Gardeau, curé de Saint-Etienne du Mont, dans un premier temps, acheta une maison dans la rue Laromiguière pour y installer des jeunes filles dont il voulait qu'elles "s'arrachent à un libertinage précoce par l'enrôlement du repentir". Ainsi réunies, elles formèrent la "Communauté de Sainte-Théodore". Plus tard, en 1695 les filles se révoltèrent, refusant l'autorité de leur directeur d'alors et abandonnèrent la maison.

On réussit néanmoins à en ramener plusieurs qui constituèrent alors, avec la bénédiction du Cardinal de Noailles la "Communauté de Sainte Aurequi fut définitivement fondée en 1723, dans un but nouveau, l'éducation des jeunes filles de la société.

Elle fut placée sous le vocable de Sainte Aure, puisque le nom de cette Sainte évoquait l'abbesse d'un monastère fondé par Saint-Eloi en 666 sur l'Ile de la Cité avec le même objectif.


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"Histoire et recherches des antiquités de la Ville de Paris"

Chez Moette et Chardon - Libraires - 1724

Tome 1 - Seconde partie du Livre V - Pages 658-9

Les soeurs de Sainte-Aure qui suivaient la règle de Saint-Augustin depuis 1753, se qualifiaient aussi adoratrices du Sacré-Coeur de Jésus. Beaucoup des pensionnaires - parmi elles, Rosalie Duthé qui deviendra danseuse à l'Opéra et une courtisane célèbre et Jeanne Bécu, future Comtesse du Barry, maîtresse de Louis XV -  entonnèrent les louanges de l'Abbé Grisel, Vicaire perpétuel de Saint-Germain l'Auxerrois, qui avait oeuvré sans relâche pour l'établissement de la Communauté. Voir ci-après les documents sur la vie de la communauté à la fin du XVIIIe.

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"... nous nous y trouvâmes en  même temps, elle un peu grandelette, moi enfant à ne jouer encore qu'avec une poupée" écrit Rosalie Duthé (à gauche) au sujet de Jeanne Bécu (à droite) dont "on ne sait rien de précis sur les études comme sur le comportement ...  pendant les neuf années qu'elle passe à Sainte-Aure".

En 1757, la Communauté comprend 40 soeurs de choeur, 12 converses et 4 tourières, et, avec le consentement de l'Archevêque de Paris et du curé de Saint-Etienne du Mont, la clôture avait été définitivement établie.

En 1779, une lecture au réfectoire de "l'Adoration perpétuelle du Saint Sacrement de Liège" par le RP Etienne de la Croix, dernier Provincial des Jésuites pour la Province de France, avait enthousiasmé les soeurs. L'Abbé Grisel permit un essai : adoration nocturne, puis diurne, avec l'accord de Monseigneur de Beaumont, Archevêque de Paris.

Le 1er juillet 1779, les soeurs, en présence de l'Abbé Grisel et du Père Nicolas-Marie Verron, leur confesseur, se déclarent "dévouées et consacrées à l'adoration perpétuelle, de jour et de nuit, du Sacré Coeur de Jésus". En 1781, l'Abbé Grisel disparaît, il est remplacé par un ancien Jésuite, le Père Verron. L'année d'après des bienfaiteurs payent l'agrandissement du choeur et du sanctuaire, l'autel est consacré le 1er juin 1783 et les soeurs reçoivent une bénédiction spéciale de Pie VI par un Bref du 23 avril 1785.

Statue du Sacré Coeur de Jésus de la chapelle de la rue Tournefort

Monseigneur Christophe de Beaumont

 Période révolutionnaire - Le 19 octobre 1789, l'Assemblée nationale a voté la libération facultative de toutes les religieuses cloîtrées. Le 13 janvier 1790 est publié un décret imposant de fournir l'état de tous les biens, meubles et immeubles. Le 29 mars, un nouveau décret impose de donner la liste de tous les membres de la Communauté. Le 1er juillet 1792 le Père Verron prononça son dernier sermon. Le couvent est déjà spolié de tous ses ornements d'argent et de ses réserves après les perquisitions répétées des "révolutionnaires" durant les mois précédents.  Le 18 août le Père Verron est conduit au "Comité civil de la section des sans-culottes" comme prêtre réfractaire. Sommé en vain de prêter le serment civique, il est enfermé au Séminaire Saint-Firmin et le 3 septembre, avec 75 autres prêtres, il est massacré. 14 Soeurs sont arrêtées et incarcérées à Port Libre (ex Port Royal) mais furent sauvées par l'arrestation de Robespierre le 27 juillet 1794. Le couvent devenu "Bien National" est vendu et tout l'ilot se trouve dans les mains d'une trentaine de propriétaires.

Chapelle et couvent des Bénédictines du Saint-Sacrement en 1926

Entrées du couvent aux 16 et 18 rue Tournefort à différentes périodes, les croix ont disparu, mais, l'olivier, au centre des armoiries de la congrégation, perdure !

Après la folie de la période révolutionnaire, les choses petit à petit se calmèrent. En février 1795, un protestant, Boissy d'Anglas, proclame officiellement la séparation des Églises et de l'État et la liberté des cultes sans appui de l'État, décision qui sera complétée par le Concordat, le 15 juillet 1801, qui permit à Napoléon de réconcilier les différences religieuses qui avaient déchiré la France pendant la Révolution. Dans le même temps, le Concordat a assuré la liberté religieuse, le catholicisme est reconnu comme religion de la majorité des Français, sans qu'il en soit fait pour autant une religion "d'État".

(Voir également la reconnaissance, au bas de la page précédente).

Le 2 novembre 1808 les sœurs Françoise de Bèze, Joséphine Boistel, Françoise Dieudé, Mélanie Quesnel et Marie-Anne Sarton, mandatées par la congrégation achètent le Monastère de la "Communauté des Dames Religieuses de Sainte-Aure" comprenant plusieurs bâtiments (14, 16 et 18 rue Tournefort, 24 rue du Pot de Fer et rue Lhomond), voir document. En août 1809 puis mars 1823 deux autres maisons seront achetées permettant ainsi à la congrégation de posséder pratiquement tout l'îlot.

Dans ce cadre vaste et paisible, véritable "petite Bethléem", les moniales purent pleinement réaliser leur vocation, et cela est dû en bonne part à leur Supérieure, Mère Sainte-Marie (Françoise de Bèze) qui après avoir largement contribué au regroupement des religieuses après la Révolution, ne ménagea pas sa peine pour que l'installation, puis la vie quotidienne, se passent au mieux. Les soeurs n'avaient pas besoin de toutes les maisons du pourtour, elles hébergèrent quelques vieilles soeurs de Sainte-Aure, puis elles louèrent les 27 et 29 de la rue des Postes (Lhomond) aux soeurs de l'Immaculée Conception pour un pensionnat de jeunes filles.

 Françoise de Bèze de la Bélouze, arrière-petite-nièce de Théodore de Bèze, un des grands noms du Protestantisme, eut une vie peu banale, avant d'entrer en religion, elle fut mariée à Pierre-Jacques Girard de Vannes, Seigneur de Sermoise et Lieutenant-Général des Armées du Roi, dont elle eut une fille Marie-Jeanne-Françoise.

Elle fut veuve à 20 ans et ne prit le voile qu'à 40 ans en 1787. Elle décéda le 31 mars 1828, fut enterrée dans le caveau du monastère. Actuellement sa pierre tombale est toujours visible dans le jardin.

En 1832, Frédiric Gaillardet, homme politique, écrivain et avocat, publia un portait acide d'une certaine "madame de B..." dans sa contibution au livre "Paris ou le livre des Cent-et-Un".

En 1862 à Bruxelles puis Paris, Victor Hugo publie "Les Misérables" et une partie du roman se déroule dans et autour d'un couvent imaginaire dont le modèle fut majoritairement celui des Bénédictines de la rue Tournefort. Voir la page "Victor Hugo"

Dans le numéro de juillet 1925 de la "Revue des Deux Mondes", André Le Breton, Normalien et professeur à la Sorbonne, nous donne un long article de 28 pages intitulé "Le vrai Petit-Picpus des Misérables" et on peut trouver (pages 12 à 24 du pdf ou 324 à 336 de l'article) la relation d'une véritable "enquête" faite par Victor Hugo, avec l'aide d'une femme, Léonie Biard,  introduite à l'intérieur de la Communauté qui nous explique en détail, croquis à l'appui, le fonctionnement du Monastère et la vie des religieuses. Une version allégée et illustrée de l’article est publiée le mois suivant dans "L'Illustration".


Cliquez sur chacune des vignettes, à gauche pour lire l'article de la "Revue des Deux Mondes", ci-dessous pour celui de  "L'Illustration.

Armoiries

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Epitaphe

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Retirées et vivant modestement, les moniales traversèrent sans incident la Révolution de Juillet (1830). En 1832, le choléra frappa leur prieure Mère Marie des Anges, Mère Sainte-Honorine lui succéda reprenant en main la Communauté.

En 1845 un grand orgue construit par Aristide Cavaillé-Col fut installé dans la chapelle.

En 1845 un grand orgue construit par Aristide Cavaillé-Col fut installé dans la chapelle.


L'orgue de Cavaillé-Col existe toujours, il est désormais à l'église ND des Victoires de Trouville

Les évenements liés à la guerre de 1870 forcèrent les soeurs a quitter le couvent de la rue Tournefort et la plupart des moniales trouvèrent refuge chez leurs soeurs à Bayeux tandis que la Prieure, Marie de Saint-Placide et un petit groupe se retiraient près de Pau.

De cette séparation naquirent des malentendus, puisque la Prieure proposa à la Communauté en mars 1871 d'abandonner la rue Tournefort pour se regrouper au couvent de le rue Madame, ce qui provoqua un refus unanime des soeurs, la démission de Soeur Marie de Saint-Placide et finalement le retour au couvent de la rue Tournefort où il fallut d'urgence réparer les dégâts occasionnés par les Communards installés dans le les lieux.

Au début du siècle, des menaces d'expulsion pesaient et, en effet, de 1904 à 1907 les soeurs durent s'exiler à Moignelée en Belgique. Du fait des années d'absence, la situation matérielle s'était gravement détériorée et les soeurs furent dans l'obligation de vendre un premier immeuble. La guerre de 1914-1918 allait encore compliquer une situation déjà difficile et obliger à vendre un nouvel immeuble aliénant définitivement une nouvelle source de rapport.


Intérieur de la chapelle - 1926

 En 1925, l'encyclique du Pape Ratti, Pie XI, "Quas Primas"  ("De l'institution d'une fête du Christ-Roi") eut un retentissement important dans le monde chrétien.

S'inspirant de la pensée du Saint-Père, les soeurs du couvent de la rue Tournefort, sous l'impulsion de Soeur Olive (Marie Danzé), une jeune novice arrivée en août 1926 qui avait eu une révélation, formèrent en 1928 l'idée d'élever dans leur enclos une chapelle dédiée au Christ-Roi.

Ce fut le début d'une grande et difficile aventure, semée d'embûches - entre autres, en 1941, l'exil définitif sur décision du Vatican de Soeur Olive - qui fut couronnée d'un succès très temporaire, par la célébration le dimanche 27 octobre 1940, en la fête de la Royauté du Christ, d'une première messe dédiée au rétablissement de la paix.


Soeur Marie-Agnès, soeur Olive et mère Marie-Stanislas Kotska (1927)

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Gravure de 1953

En 1956, cette chapelle est désignée Basilique par Mgr Feltin, Cardinal Archevêque de Paris. A partir de février 1977, les soeurs ayant quitté les lieux 2 ans auparavant, la Basilique est livrée aux démolisseurs tout comme la Chapelle du couvent qui s'élevait le long de la rue Tournefort.


Basilique

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Comme dans d'autres Couvents, des personnes bien nées (les "people" de l'époque) venaient chercher la paix des cloîtres et de généreux donateurs sollicitaient la joie d'y être inhumés. C'est ainsi que dans la Chapelle ancienne du couvent reposait, sous une dalle de l'ancienne sacristie gravée de l'épitaphe "Cordi Jesu amantissime amantissimus ipse", Louis-Urbain Aubert de Tourny, marquis de Tourny, baron de Nuly, né à Paris le 16 mai 1695 et mort en 1760. Cet homme fut un des grands Intendants du XVIIIe, passionné d'urbanisme, on lui doit toute l'ossature de Bordeaux où il  arriva en 1743, à la suite de Claude Boucher. Tourny réalisa des places et des axes importants dans la ville qui sont encore aujourd'hui primordiaux dans la vie de la cité puisque l'architecture du XVIIIe siècle marque encore très fortement le centre ville. Il établit les plans des "Allées de Tourny", de la "Place Tourny", du "Jardin Public", de la "Place Gambetta", de la "Place de la Victoire" et des façades des quais.

Marquis de Tourny par Gaston Veuvenot Leroux


Marquis de Tourny par Thomas Carlton (Fin XVIIIe)

Les allées de Tourny - Bordeaux