Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

Bénédictines du Saint-Sacrement

Un bref survol de l'histoire de cette congrégation jusqu'à l'arrivée rue Tournefort

Tout commence un jour du printemps 1639, Louis XIII régnant sur la France, quand Catherine de Bar, en religion Mère Saint-Jean l'Evangeliste, une jeune religieuse de 25 ans portant le costume des Annonciades, se présente à la porte du couvent des "Dames Bénédictines de Rambervillers" dans les Vosges. Rapidement reçue par la prieure, Mère Bernardine de la Conception, cette jeune religieuse remplissait alors les fonctions de vice-gérante du Monastère des Annonciades de Bruyères, près de Saint-Dié où elle était née le 31 décembre 1614 dans une famille ancienne de noblesse de robe célèbre en Lorraine.

 Rambervillers

Le monastère observait la règle de Saint-Benoît dont la devise reprise des paroles de Saint Pierre sur la conduite des Chrétiens est celle correspondant à l'acronyme U.I.O.G.D : "Ut in omnibus glorificetur Dei" (Afin qu'en toute chose Dieu soit glorifié par Jésus-Christ).

Immédiatement une sympathie toute spontanée unit Mère Bernardine à sa jeune hôtesse à qui il fut offert de séjourner au couvent avec quelques-unes de ses compagnes dans un espace séparé afin de suivre les préceptes de sa Règle.


Catherine de Bar

Mainson natale de Catherine de Bar à Saint-Dié

Rapidement Catherine de Bar fut attirée par la Règle Bénédictine, plus antique et plus austère que celle des Annonciades. Après avoir amplement réfléchi et consulté, elle entrait le 2 juillet 1639 au noviciat de Rambervillers où lui fut imposé le nom de Soeur Catherine de Sainte-Mechtilde.


Sous la férule de la maîtresse des novices, Mère Benoîte de la Passion, la novice montra un caractère affirmé, goûtant les fortes austérités, les haires, les disciplines, par amour pour la Croix de Jésus et par protestation contre les débordements du siècle. Elle l'entraîna à sa suite dans ses austérités, plus proches de la Trappe ("L'abbé de Rancé expiait sous la haire et le cilice les erreurs de sa jeunesse" Chateaubriand in "Vie de Rancé") que de la tradition Bénédictine, toute de discrétion. En revanche, cette discrétion se retrouve dans la façon dont Mère Benoîte initie sa novice à l'oraison et à la contemplation, lui enlevant tous ses livres de piété, hors son Bréviaire, sa Règle et quelques prières. Une seule parole de l'Ecriture ou de la Liturgie suffisait à la novice pour nourrir son âme et la perdre en Dieu.

Le 11 juillet 1640, en la Fête de la Translation de Saint-Benoît, à l'âge de 25 ans, Catherine de Sainte-Mechtilde prononçait ses voeux.

 Saint Mihiel

La guerre de Trente Ans sévissait, pour laquelle les implications religieuses étaient très fortes, l'est du Royaume était le théâtre de nombreux épisodes sanglants qui occasionnèrent d'innombrables misères dans la région, obligeant ainsi, la bien pauvre communauté de Rambervillers à se séparer.

Catherine de Sainte-Mechtilde et deux autres soeurs trouvèrent refuge à Saint-Mihiel dans la Meuse s'efforçant de garder leurs observances alors que les autres soeurs restaient au monastère.

A Pâques 1641, la situation s'étant encore dégradée, de bienheureux mécènes parisiens, Madame la Duchesse d'Aiguillon, MM. Vincent et Guérin, ayant entendu parler des détresses, multipliant quêtes et collectes, font venir, avec l'accord du grand Vicaire de Toul, les 9 soeurs restantes à Saint-Mihiel dans l'intention de répartir ces 12 religieuses dans diverses abbayes Bénédictines.

 Montmartre

C'est ainsi que Marie de Beauvilliers, Abbesse de Montmartre, accepta de recevoir dans son couvent de Paris Mère Louise de l'Ascension et Mère Mechtilde.

"S'il existe un paradis en terre, je puis dire que c'est Montmartre, où les vertus se pratiquent en perfection et où notre Sainte Règle est gardée dans une observance très exacteécrira-t-elle à sa supérieure Mère Benoîte de la Passion, restée en Lorraine dans le dénuement, ce qui troublait beaucoup Mère Mechtilde.

Il fut alors convenu que les 7 moniales qui étaient encore à Saint-Mihiel seraient dans un premier temps regroupées à Montmartre. Ceci étant fait deux d'entre elles, rejoignirent en août 1642 l'abbaye de la Sainte-Trinité à Caen à l'invitation de Madame Laurence de Budos, l'Abbesse des lieux.

 Saint-Maur-des-Fossés

Les pérégrinations normandes ne durèrent qu'un an avant que Mère Mechtilde ne se voit offrir par Madame de Vallière, mère d'une religieuse de Montmartre, une maison à Saint-Maur-des-Fossés où elle s'installa avec deux autres moniales où elles reçurent les enseignements d'un directeur spirituel particulièrement exigeant, le Père Jean-Chrysostôme de Saint-Lô, religieux pénitent du "Tiers-Ordre de Saint-François".

 Caen et retour à Rambervillers

Après la mort de ce dernier le 26 mars 1646, Mère Mechtilde fut appelée de nouveau à Caen pour reprendre en main un petit prieuré de Bénédictines fondé par la Marquise de Mouy et dirigé par Mère Félicité Vion.

On lui proposa alors une crosse abbatiale et, malgré son refus initial, sur l'insistance de Dom Quinet, Abbé de Notre-Dame de Barbery, elle fut élue en juin 1647, Anne d'Autriche étant Régente depuis 1643.

L'année suivante voit le retour à Rambervillers de la nouvelle prieure alors que la guerre entre Français et Espagnols fait rage ce qui força une nouvelle fois à disperser le troupeau de religieuses entre l'Allemagne, la Bourgogne et Paris où, accompagnée de 4 jeunes soeurs, Mère Mechtilde arriva le 1er mars 1651 décidée à trouver les moyens d'assurer la subsistance à son troupeau dispersé, en attendant la possibilité de le regrouper sous sa houlette.

 Paris

On s'établit provisoirement à Paris dans un immeuble de la rue du Bac, nommé "Bon ami", dans le dénuement le plus complet.

Au fil du temps, recevant les visites de quelques unes des grandes dames qui se dévouent à soulager les misères, Mère Mechtilde se lia avec Marie de la Guesle, Comtesse de Chateauvieux - dont elle devint la directrice spirituelle - puis avec ses amies Mesdames de Mouy, de Cessac, de Montgomerry et Mangot qui souhaitèrent voir Mère Mechtilde et ses soeurs se regrouper à Paris dans un "hospice" régulier.

Cette dernière finit par accepter et un contrat fut signé le 14 août 1652 par lequel les 4 fondatrices s'engagèrent à verser 31 000 livres dont les termes prévoyaient :

"La fondation d'un monastère de religieuses de l'Ordre réformé de Saint-Benoît, auquel continuellement, jour et nuit, soit adoré le très saint et très auguste sacrement de l'autel par les âmes consacrées à Dieu dans le dit monastère, pour réparer, autant qu'il sera possible, les indévotions, mépris, profanations, sacrilèges et déshonneurs rendus, commis et qui se commettent actuellement contre ce très adorable Sacrement, dans le cours des malheurs où nous sommes par la guerre qui désole à présent toute la France et pour obtenir de Dieu une bonne paix dans tout le royaume et pour la conservation du Roi ; pour aussi suppléer aux indévotions et incapacité, ignorance ou malice de toutes les personnes qui n'adorent point le très saint Sacrement de l'autel et ne lui rendent point leurs hommages et une infinité d'autres qui ne l'adoreront jamais".

L'acte de fondation accordait à la prieure un délai de 2 ans pour exécuter ce projet dont la première démarche était d'obtenir l'autorisation d'Henri de Bourbon, Duc de Verneuil (fils naturel d'Henri IV), Abbé de Saint-Germain des Près, sur le territoire duquel résidait les soeurs.

Après avoir essuyé un refus initial de l'Abbé mais aussi de la Reine Anne d'Autriche, sur l'intercession de l'Abbé Picoté, prêtre de Saint-Sulpice, cette dernière finit par consentir à donner son accord.

En mai 1653, le Roi Louis XIV signe les Lettres Patentes autorisant la fondation de l'institut. Trop à l'étroit rue du Bac, la Comtesse de Rochefort, une amie de Mère Mechtilde, lui loua une maison plus vaste qu'elle possédait rue Férou.

La maison fut prestement aménagée et le 12 mars 1654, Dom Roussel, prieur de Saint-Germain des Près, y installait les soeurs et les mettait en clôture au cours d'une cérémonie que la Reine Anne d'Autriche honora de sa présence, prononçant les paroles de l'Acte de Réparation.

Installation des Bénédictines rue Ferrou en présence d‘Anne d‘Autriche

Rue Ferrou - VIe

L'établissement en location rue Férou ne pouvant être que provisoire, il fallait un abri définitif et des terrains furent achetés rue Cassette. Furent acquis des Pères de Saint-Joseph l'hôtel de Chemilly ainsi qu'un autre hôtel touchant le premier. Si bien que l'ensemble couvrit, à peu près, les actuels numéros 18 à 24, bordant la rue Cassette, vis-à-vis des rues de Mézières et Honoré-Chevalier. La chapelle, décorée par l'Espingola et Plate-Montaigne, se voyait dès qu'on franchissait la grande porte ; elle s'ouvrait au fond d'une cour carrée, où s'élevaient trois corps de logis, sans compter d'autres bâtiments venant par-derrière.

Les soeurs s'installèrent le 21 mars 1659, l'église étant bénie par Monseigneur Maupas du Tour, Evêque du Puy, le 27 du même mois.

Le succès de l'institut qui commençait à attirer l'attention des âmes ferventes provoqua jalousies et calomnies, notamment de la part des Pères Cordeliers qui souhaitaient amener à eux cet institut, contestant notamment la translation de Mère Mechtilde de l'Ordre des Annonciades qui dépendait d'eux, dans celui de Saint-Benoît.

Mère Mechtilde dut en appeler à Rome, à la "Congrégation des Réguliers" (de nos jours appelée "Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique"), et obtenir du Pape Chigi, Alexandre VII, un bref approuvant sa conduite, dont les Lettres Patentes du Roi du 26 juin 1662 autorisèrent la publication.

Dans les années suivantes, la vie de Mère Mechtilde va se partager entre la direction de ses filles, l'entretien d'une immense correspondance et la fondation de nombreux monastères, dont celui des rues Tournefort et Lhomond, pour accroître la bienfaisante influence de son oeuvre. Avec l'appui de la Reine Marie-Thérèse d'Autriche, ayant remplacé comme protectrice de l'Institut Anne d'Autriche après son décès, et par l'entremise du Cardinal Farnèse et du Duc de Cheaulmes, Ambassadeur à Rome, Mère Mechtilde obtint le 29 mai 1668 un Bref du Pape Rospigliosi, Clément IX, érigeant l'Institut en Congrégation ne relevant que du Saint-Siège. La bulle approuvait en même temps les premières Constitutions de l'Institut qui était en outre reconnu comme fondation royale.

Le dimanche de Quasimodo 6 avril 1698, Mère Mechtilde rendait son âme à Dieu, elle avait 83 ans et sera inhumée dans le monastère. Les destructions révolutionnaires ont fait oublier l'emplacement certain du tombeau.

Grâce aux liens tissés sous l'égide de Mère Mechtilde entre les différents monastères, une véritable unité s'est maintenue dans la Congrégation qui a permis une entraide mutuelle au point de constituer le plus important groupement parmi les diverses congrégations de moniales bénédictines.

 La période révolutionnaire

En 1789, la Congrégation regroupait 12 monastères et les 10 maisons en France subirent le sort commun des établissements religieux. Le 13 février 1790, les congrégations et ordres religieux étaient supprimés, le 17 mars les biens monastiques étaient affectés aux municipalités et le 1er octobre 1792, toutes les maisons religieuses étaient fermées. La prieure Mère Marie-Madeleine Dolbel, les 22 religieuses de choeur et les 9 soeurs converses du monastère de la rue Cassette furent expulsées, le couvent de la rue Cassette vendu en grande partie en juin 1796, puis démoli et remplacé par des maisons particulières.

Quelques religieuses de différents monastères, dont celui de la rue Cassette se regroupèrent puis s'unirent en août 1802 et vinrent s'installer rue de la Perle à l'automne de la même année. Mais avant de trouver un établissement définitif, elles durent encore émigrer successivement rue Saint Louis (1803) puis rue Vieille du Temple (1805).

 La reconnaissance

Le décret impérial de Napoléon du 23 avril 1807 autorisait la "Congrégation des Dames Bénédictines du Saint-Sacrement" avec pour objet "le service de Dieu", les statuts furent approuvés par ordonnance du roi Charles X du 7 juin 1826, modifiés ultérieurement en 1905 (loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat) et 1924 (accord entre la France et le Saint-Siège sur les "associations diocésaines").

Grâce aux générosités de Madame de Grosbois et de la Comtesse de Choiseul entre autres, elles purent faire l'acquisition  en 1808 du Couvent de Sainte-Aure, rue Tournefort (alors rue Neuve Sainte-Geneviève) occupé par 3 ou 4 religieuses qui devaient y demeurer jusqu'à leur mort.


Couvent de Sainte Aure

Couvent de la rue Tournefort

Cliquez sur le bouton pour aller directement sur le page dédiée au couvent