Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

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A la fin des années 20, cet immeuble en pierres et briques de 1914 abritait une fabrique de cartons de bureaux (Didot Bottin 1928)

Actuellement, réside ici une personne à la destinée extraordinaire. Il s'agit de la petite fille du satrape(*) de Tabriz, capitale de l'Azerbaïdjan iranien.


En 1921, à la suite d'un coup d'Etat, celui qui deviendra Reza Chah Pahlavi prend progressivement le pouvoir en Iran, et en 1925 Ahmad Shah est renversé marquant la fin de la dynastie des Khadjar.

A Tabriz, le satrape a eu la tête tranchée et promenée au bout d'une pique dans les rues. Sa femme a réussi à faire quitter le pays à ses enfants et un des fils arriva alors à Paris avec pour tout bagage un sac de pierres précieuses. Il fut hébergé dans la famille de Robert Raynaud au moment où celui-ci, avec Si Kaddour Benghabrit, créait l'Institut musulman de la Mosquée de Paris. Le fils du satrape eut une fille, elle vit ici, au 57.


(*) satrape doit être compris dans son acception première de gouverneur au temps de l'Empire de Perse.

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Le "Patronage de l'Estrapade", créée en 1842 par Auguste Le Prévost sous l'impulsion de Frédéric Ozanam (fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul) devenu "Patronage Sainte Mélanie pour le placement des apprentis" en 1857, a eu plusieurs adresses dans le quartier et, avant le 19 rue Tournefort, il était abrité dans cet immeuble jusqu’en 1904.

Le patronage cohabitait à cette adresse avec, "Grimard et Salas", atelier de photogravure.

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La branche française de "Harwood Academic Publishers", était domiciliée ici et publia, entre autres, irrégulièrement, de 1984 à 2013, la revue  History and Anthropology, ainsi que des ouvrages dans la collection Fundamentals of pure applied economics sous la direction de Jacques Lesourne et Hugo Sonnenschein à partir de 1987. A la même époque, les Editions des archives contemporaines étaient aussi présentes à cette adresse. Il y a également une radio communautaire...

Dans les années 1950-60, 3 journalistes gaullistes, Edouard Sablier, Raymond Marcillac et Pierre de Bethman s’associent pour lancer le CIPO - Centre d’information sur le Proche-Orient qui publie un bulletin hebdomadaire réputé, admirablement informé selon Marc Ferro, et aussi "Les archives du CIPO" qui comprennent un certain nombre d’informations ne figurant pas dans le bulletin.

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On peut retracer la destinée de l'endroit au 1er avril 1529 lorsque Philipot Anton, prêtre de l'église de Saint-Médard, achète le terrain avant d'y adjoindre en 1530 une autre parcelle (14 rue de l'Arbalète)  puis, plus tard, deux autres correspondantes aux 66-70 de la rue, bénéficiant ainsi pendant quelques décennies, jusque vers les années 1650, d'une "communauté à 90°".

C'est en juin 1530 que Simon Chopin, "maistre rostisseur" rue Mouffetard, acquiert l'endroit pour y bâtir une maison et ouvrir le "Jeu de Paume des buttes" qui ne survivra pas au siège de Paris de 1589.

En 1749, Jean-Baptiste Oudry, peintre animalier du Roi Louis XV s'y établit.

En 1754, Le maître charpentier François Breton s'implante  à l'enseigne de l'"Image de Saint-Claude".

En 1780, Sylvain Lamouche, entrepreneur de maçonnerie, se rend acquéreur des bâtiments après saisie de François Breton à la demande de Jean-François Bernard, Marquis de Montebise. Au moment de l'acquisition, les deux maisons réunies servaient de caserne à une compagnie du régiment des gardes françaises.


Du 68 au 70

Epoque entre le XVIe et le XIXe siècle

Sylvain Lamouche étant une relation de travail d'Henri Piètre, c’est probablement à l’été 1788 que la famille Pietre vint s’installer et vécut jusqu’au décès d’Henri le 7 nivôse de l’an V (27 décembre 1796), occupant 2 étages, cave et grenier pour un loyer de 600 livres. Architecte un peu oublié de nos jours Henri Piètre fut élève de Jean-Sylvain Cartaud. C’était un des architectes du Duc d’Orléans (Philippe Egalité, le régicide) qui travailla à son hôtel de la rue de Provence, à l’aménagement du Palais-Royal, alors Palais des Orléans, à l’hôtel de Breteuil, au château du Raincy, à Villers-Cotterêts et aussi au château de Bagnolet - dont le seul vestige est le Pavillon de l’Hermitage au 148 de la rue de Bagnolet (XXe).

Pour tout savoir, ou presque, sur Henri Piètre, cette communication au "Bulletin de la montagne Sainte-Geneviève et ses abords" n°275  de janvier 1986

Disponible sur simple demande

Dans "Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison" par Lefeuve à la page 145 du tome 1 (Bibliographie H4), pour l'article "Rue de l’Arbalète", on lit : "En regard de la rue des Postes, un pensionnat de demoiselles occupe un bâtiment où la rumeur publique veut qu’autrefois ait demeuré un évêque et qui paraît avoir été construit au XVIe siècle".

Dès 1814, Mère Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Coeur de Jésus et Mère générale de l’ordre, exprima le souhait d’étendre l’institution au-delà, entre autres, d’Amiens et Grenoble : "Il nous faut à Paris une maison assez vaste pour y contenir le noviciat général, avec pensionnat" écrivait-elle à Soeur Rose-Philippine Duchesne qu’elle chargea ensuite de fonder la Communauté à Paris. Le local retenu, en décembre 1815, se trouvait au bas de la rue des Postes au coin de la rue de l’Arbalète. "La maison de la rue des Postes, disposée par le travail de Mme Duchesne et de Mme Bigeu, était, depuis le 15 avril (1816), habitée par les deux mères et quelques religieuses. Rien d’ailleurs de plus modeste que cette habitation retirée, exiguë, avec une petite cour dont un sureau faisait le plus bel ornement" (in "Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie Barat fondatrice de la Société du Sacré-Coeur de Jésus" par Mgr Baunard).

Rapidement le constat fut fait que "La maison de la rue des Postes se trouvant trop petite pour contenir à la fois les novices et les pensionnaires, elle (Madame Barat) en loua une seconde, qui lui était contiguë, dans la rue de l’Arbalète, et on le réserva pour le noviciat" (ibid.).Dès 1820, l’aventure prit fin : "Cinquante-huit religieuses ou novices encombraient, en cette année 1820, les chambres et les greniers de la petite maison de la rue de l'Arbalète. L'espace manquait aussi aux soixante pensionnaires de la rue des Postes : on en refusait de nouvelles. Dès la première séance, le Conseil général proposa la translation de l'établissement dans une autre maison. Tout en la voulant grande, Mme Barat la voulait simple; aussi ne fut-ce qu'après d'inutiles recherches, de longues hésitations, et en se faisant une pénible violence à elle-même, qu'elle consentit à l’achat de l'hôtel Biron" (ibid.). Il s’agit de l’actuel Musée Rodin qui fut cédé par la Duchesse de Béthune-Charost à la Société du Sacré-Coeur de Jésus qui l’occupa jusqu’au 10 juillet 1904, date de la dissolution de la congrégation, le 1er octobre l’établissement était fermé et confisqué par l’Etat (voir annexe au procès-verbal de la "Commission du Vieux Paris" du 16 novembre 1907 sur le site Gallica aux pages 311-351).

Ancien hôtel de Biron et couvent du Sacré-Coeur, actuel musée Rodin, 77 rue de Varenne - VIIe

Cliquer sur la vignette pour lire l’histoire de cet hôtel particulier de 1728 à 1907, devenu musée Rodin en 1919

Pour cette dernière partie de la rue, l'histoire des terrains et maisons est liée et parfois compliquée (et peu claire), mes recherches continuent à travers des documents contradictoires.

Mère Barat

Soeur Duchène

Epoque moderne

▶ Au 68, c'est le peintre Roger Chapelain-Midy (1904-1992) qui s'installe après son mariage en 1935, il y vécut jusqu'à la fin de ses jours. Durant sa longue et prolifique carrière, le peintre s'est intéressé au monde maritime. Il a participé à la décoration de plusieurs paquebots : les sister-ships "Provence" et "Bretagne" de la SGTM, le "Jean Laborde" des Messageries Maritimes

et le "France" de la CGT. Les artistes et designers les plus célèbres de l'époque ont contribué aux aménagements intérieurs du "France" étendus à quelque 10 000 locaux, sous la direction d’un comité d’études dont faisait partie, entre autres, le peintre Roger Chapelain-Midy. 2 grandes toiles (2,20 m. x 3,00 m.) du peintre ornent, au pont Véranda, le fumoir (et oui, on fumait...) de 1ère classe, dit Salon Riviera.

Salon Rivièra du paquebot "France"

▶ 2 autres artistes occupèrent ces lieux, tous les deux sculpteurs,  l'oubliable Camilo Otero et César dont on peut apercevoir l'atelier à droite.

▶ Au 70, pendant 27 ans, jusqu'à la fin mars 1999, la maison abritait un célèbre club échangiste, "Deux plus Deux - 2+2" situé désormais boulevard Edgar Quinet et dont la rumeur dit qu'au sous-sol le grand abri de la défense passive de la guerre de 1939-45 servait aux ébats.

▶ En effet, situé sous les immeubles du bas de la rue, une ancienne carrière confortée avait été transformée en abri de défense passive (cliquer pour voir le plan intégral ex-www.troglos.com 2013) dont on voit encore la porte d'accès sur la rue au niveau du 68. Pendant la dernière guerre, cet abri servit à la population civile à se protéger des bombardements allemands et surtout alliés.

Il faut descendre un long escalier pour accéder à l'abri. L'intérieur a été aménagé : certaines parties sont maçonnées notamment les voûtes et des piliers de renfort ont été rajoutées. Tous les panneaux sont en plâtre où sont inscrit en peinture noire, une indication, principalement de "sortie".

68 r. Lhomond

Médaile de table "Défense passive"

▶ Préalablement  au "2+2", à partir de 1962 c'est "L'école buissonnière" qui occupait les lieux, dont l'entrée principale était au 10 rue de l'arbalète. Ce cabaret est tenu par l'auteur de l'immortelle chanson "Julie la Rousse" (1956), le chanteur franc-maçon très engagé à gauche René-Louis Lafforgue. Après sa mort en 1967, sa femme Claudie poursuivit l'aventure encore quelques années. C'était un rendez-vous de gauchistes, anarchistes, pacifistes et libertaires de tout poil où se produisirent des 'artistes' comme Maurice Fanon, Guy Bedos ou Léo Campion.

Publicité in "Nouvel Observateur" 23-29 janvier 1992

Roland Brasseur dans « Je me souviens de Je me souviens - Notes pour Je me souviens de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses » (Castor Astral - 1998) aux notes 363 & 467, page 213 & 263, évoque le cabaret, le fameux succès de la chanson, le film du même nom de Claude Boissol de 1959 et aussi celui de Jean-Paul Le Chanois de 1949 du nom du cabaret.

▶ De l'autre côté de la rue, au 65, le mochissime immeuble moderne de coin avec entrée au 8 rue de l'Arbalète a remplacé le petit immeuble à pergola avec le garage automobile sur rue construit après la première guerre mondiale.

Rue des Postes (Lhomond) vers 1865-1868, vue depuis la rue de l’Arbalète par Charles Malville

Du 56 au 70

Evidemment cela renvoie d’abord et avant tout à Georges Perec et à son livre « Je me souviens » paru en 1978 chez POL et à son "complément", au début 1990, l’impeccable Sami Frey, à vélo, sur la scène du Théatre Mogador, récitant le texte de Perec.