Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

Après la capitulation allemande, les locaux furent réquisitionnés par les Domaines et, pour partie, cédés dès octobre 1945 au producteur de cinéma Pierre Braunberger qui, après les avoir équipés et sonorisés, les transforma en studio de cinéma ("Studio Lhomond") où furent réalisés plusieurs films et courts métrages. (in "Cinemamémoire" op. cit. page 139)

Au tout début des années 50, le réalisateur Marc Allégret travaille avec son complice, assistant et scénariste, Roger Vadim à la préparation d’un film qui ne se fera finalement pas en France, tiré d’une nouvelle d’Edouard Dujardin, "Les lauriers sont coupés".

Vadim, partage « le goût du réalisateur pour les nymphettes » et feuilletant des magazines chez son dentiste, prétend alors avoir repéré "la jeune fille française de l’année, une adolescente au regard ouvert et gai, taille de guêpe, poitrine avenante, bien tournée, habillée jeune et propre, une adorable brunette" (‘Elle’ n°232 du 8-5-1950).  Il s’agit de Brigitte Bardot, alors adolescente, qu’Allégret et Vadim rencontrent chez ses parents avant de lui faire faire des essais au « Studio Lhomond », ils durent 4 minutes. Marc Allégret n’est pas convaincu, de toutes les manières le projet n’aboutira pas et sera tourné quelques années plus tard aux USA.

Quelque temps après Vadim appelle Brigitte et la retrouve chez ses parents absents rue de la Pompe…


"La pyramide humaine" de Jean Rouch, sorti en avril 1961, est l’histoire des rapports d’amitié et des relations sentimentales au lycée d’Abidjan entre élèves français et ivoiriens. Ce long métrage est produit par « Les films de la Pléiade », une société de P. Braunberger.

Le tournage en Côte d’Ivoire terminé en juillet 1959, quelques scènes sont retournées rue Lhomond en avril 1960 : "On a trouvé le studio idéal, le studio Lhomond, au centre de Paris, dans le quartier le plus agréable, et, à trois pas de ce studio, un appartement sympathique et confortable, où l’on vivra la vie communautaire" (Claude Jutra in Les cahiers du cinéma n° 116, pages 44-45   "En courant derrière Rouch" - Février 1961)


"La cinématographie française" n°1427 28-7-1951

Fiche de production in "La cinématographie française" n°1438 20–10-1951

Le studio Lhomond a concouru à la production de ces deux films respectivement sortis les mercredi 5 ("Le crime de Bouif") et samedi 8 mars 1952 ("Jocelyn") par des sociétés de P. Braunberger. Ce ne sont sans doute pas les plus connus de ce grand producteur (et co-producteur aussi) au palmarès éblouissant qui va, entre autres, de Renoir ("Nana" "La chienne") à Buñuel ("Un chien andalou") et Sacha Guitry ("Le blanc et le noir") avant-guerre , puis, après-guerre, aux films  tels que "Le silence de la mer" de JP Melville, "Tirez sur le pianiste" de F. Truffaut, "Vivre sa vie" de JL Godard, "L'amour avec des si" de C. Lelouch, les documentaires de F. Reichenbach "L'Amérique insolite" et "Sex O'clock USA" et tant d'autres, parmi lesquels, également, "Ma nuit chez Maud" d'Eric Rhomer. La très longue scène dans l'appartement de Maud, reconstitué avec des meubles Knoll et des reproductions de Léonard de Vinci au mur, a été tournée au studio Lhomond.

Eric Rhomer, de sa jeunesse à sa mort le 11 janvier 2010, fut un fidèle habitant du quartier où il résidait rue d'Ulm : "Pour vous, habitants du Quartier Latin, je suis le voisin anonyme qui parcourt inlassablement les vieilles rues et leur trouve toujours plus de saveur parce qu'elles répondent à mon amour profond d'un Paris ancestral". ("Eric Rhomer et le Quartier Latin" - Bulletin du 5e arrondissement de Paris - Printemps 1973).

On peut aussi penser que c'est là que fut tourné en 1966 le court métrage "Comédie" de Marin Karmitz d'après Beckett avec Delphine Seyrig et Michael Lonsdale. ("Une autre idée du cinéma. MK2 40 ans après" - Collectif - MK2 Agency - 2014)." J'étais jeune cinéaste, obsédé par ce qui tournait autour du langage, en particulier tel qu'il était utilisé dans le Nouveau Roman. La question était de savoir si on pouvait aller dans le cinéma jusqu'à l'écran noir..." in Libération 17-6-2000.

Kenneth Anger qui avait fait un scandale retentissant ("Triomphe d’une homosexualité d’une rigueur extrême sans autre complaisance qu’un sadisme dénué de sarcasme" - Jean Raine in "Cinéma Paris-Bruxelles" 1984) tant aux USA qu’en Europe avec son court-métrage « Fireworks », présenté en 1949 au  Festival international du cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute, traverse l’atlantique pour s’installer à Paris, incité en cela par l’admiration que lui porte Jean Cocteau ("Cocteau visionne le film et s’évanouit d’émotion" - Jean Raine op.cit.).

P. Braunberger met le studio Lhomond à la disposition de K. Anger. Il y débutera le tournage de "Rabbit’s moon", tournage qui sera rapidement interrompu, le réalisateur "désemparé par les Français qui ne comprennent ni sa langue, ni sa mentalité d’américain"( Jean Raine op.cit.) finit par être chassé du studio, les bobines des 20 minutes tournées seront conservées à la Cinémathèque française, alors installée au 29 rue d’Ulm, par Henri Langlois, souvent présent, en voisin, sur le tournage. Kenneth Anger récupéra ces bobines en 1970 et terminera alors le film.

Quelques années plus tard, au milieu des années 50, accompagnant le développement de l'audiovisuel éducatif sous l'égide de l'Institut pédagogique national du 29 rue d'Ulm, ces locaux devinrent une "Unité de production" de la Radio-Télévision Scolaire. Les films étaient tournés en format cinéma couleur, muet, reconvertis en format 8mm ou super 8mm pour l'exploitation dans les classes des écoles. Une notice écrite accompagnait les films et faisait fonction de commentaire. En 1960, la télévision scolaire produit quatre heures de programmes par semaine à destination des classes élémentaires, primaires et secondaires, jusqu’à atteindre une vingtaine d’heures à la fin de la décennie (soit 20 % de la programmation télévisuelle totale de l’ORTF).

Vint ensuite le temps de l'Ecole nationale supérieure Louis Lumière. En 1975, l’École est disséminée dans plusieurs lieux : rue Rollin (administration, salles de cours  et de projection, laboratoire de sensitométrie), rue de Châtillon (photographie scientifique), au studio Lhomond (studios de cinéma) et à Antony (laboratoires et studios de prise de vue de photographie en couleurs). En 1989, l'école déménage à Noisy-le-Grand, puis en 2012 à Saint-Denis à la Cité du Cinéma.