Rue Lhomond

            

              Instrumentum laboris

L'Hôtel de Sainte-Aure - Côté jardin et côté rue Lhomond

Détail de la façade côté jardin

Saisi à la Révolution, l'hôtel est ensuite revendu par les Domaines. Après la Révolution, faisant preuve d'une indomptable énergie, la soeur Bénédictine Françoise de Bèze, ancienne novice du couvent de la rue Saint-Louis du Marais, rachète l'hôtel ainsi que la plupart des maisons et immeubles de l'îlot afin de reconstituer le monastère ancien. Ce fut un véritable tour de force, l'hôtel appartenait à 4 propriétaires différents et, de surcroît, la famille de Juigné avait manifesté le désir de racheter son ancien bien ; son désistement fut obtenu moyennant une indemnité de 9,000 francs.

L'hôtel abrite de 1845 à 1906 les "Soeurs de l'Immaculée Conception de Castres", puis une pension dans les années 30 avant d'être acheté par l'architecte Albert Laprade (1883-1978). Cet architecte bien connu, après avoir travaillé au Maroc du temps de Lyautey, fut l'un des premiers praticiens de l'urbanisme moderne en France. On lui doit, par exemple, le palais de la porte Dorée construit pour l'Exposition Coloniale de 1931 qui abrita d'abord le "Musée des Colonies" avant, politiquement correct oblige, de devenir d'abord le "Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie" et désormais, la "Cité nationale de l'histoire de l'immigration" (! sic), on lui doit aussi plusieurs pavillons de la "Cité Universitaire Internationale" dont la "Maison de la France d'Outre-Mer", désormais "Résidence L. Paye".

Détail de la façade côté rue avant la démolition de la maison de gauche (circa 8-1917)

Il s'agit de l'Hôtel de Sainte-Aure pour son appellation la plus connue, ou plutôt, de l'Hôtel de Lutteaux. C'est en 1731 que le marquis de Lutteaux achète la maison et fait réaménager l'ensemble et construire la façade sur jardin. Etienne Le Menestrel de Hauguel, Marquis de Lutteaux, d'abord Capitaine de cuirassiers, devient Lieutenant Général en 1738 avant de mourir à Lille en 1745 des blessures reçues à la bataille de Fontenoy, il avait 65 ans. L'hôtel échut alors à son neveu Monseigneur Armand Bazin de Bezons, Conseiler du Roi Louis XV et Evêque de Carcassonne.

Quelques années après, l'hôtel est acquis par l'abbé Grisel, en 1759 qui en fait don en 1761 à la Communauté des Dames de Sainte-Aure dont nous reparlerons plus avant et qui occupait, depuis 1700, le couvent situé aux numéros 16-20 de la rue Tournefort, c'est-à-dire "de l'autre côté du jardin" de l'hôtel de Lutteaux.

Le normand Joseph Grisel (1703-1787) est reçu en 1738 comme vicaire perpétuel de Saint-Germain l'Auxerrois. Supérieur de plusieurs communautés, il contribue à établir le culte de l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement et donne les constitutions des "Dames de Sainte-Aure".

Qui était Sainte Aure ?

Ce fut la première abbesse du monastère Saint Martial à Paris sur l’île du Palais (désormais île de la Cité), nommée par Saint Eloi qui fonda ce monastère vers 633. Sainte Aure serait d’origine syrienne, sa date de naissance est inconnue, elle mourut de la peste en 666, dans son monastère, comme beaucoup de ses religieuses.

Albert Laprade était architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux (tel que le corps se nommait alors, devenu depuis, le corps des architectes en chef des monuments historiques), il connaissait donc parfaitement les règles de classement, ce qui ne lui aura certainement pas été inutile pour obtenir celui de l'Hôtel de Sainte-Aure, sa résidence. En effet, la façade sur jardin a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1926, et la cour-jardin sur la rue protégée en février 1962, ce qui lui vaut d'être close, interdite au public, mais entretenue par la ville. Depuis octobre 2013, l'endroit a été baptisé square Oronce Fine.

Sur ce document représentant l'Hôtel de Sainte-Aure vers la fin du XIXe siècle, on voit bien sur la gauche de la photo les deux seuls étages de l'époque du 29 rue Lhomond

On ne se doute pas forcément que l'austère façade sur rue est celle d'un hôtel particulier qui cache une originale façade style rocaille sur la cour-jardin.